lundi, septembre 21, 2020
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Mémoires d’un chroniqueur

Dernièrement, Steve Maillet, le rédac-chef, me disait : « Hey Petit Pierre, sais-tu que ça fait dix ans que Planète Quad Magazine est publié? ». Sérieux? Déjà dix ans? Incroyable comme le temps défile vite! Comme ces temps de confinement sont propices pour se retrouver seul avec ses souvenirs, j’ai eu plaisir à me remémorer des événements de la dernière décennie. Force est de constater qu’il s’en passe des choses en dix ans.

La première chose qui me revient à l’esprit est comment j’en suis arrivé à entrer dans l’équipe de Planète Quad. J’ai toujours eu une certaine aisance avec les lettres et une collègue de travail, qui aimait mes tournures de phrases, m’avait dit que je devrais m’en faire un « side-line ». Il ne m’était jamais venu à l’idée de devenir pigiste en plus de mon travail régulier qui, à l’époque,  était assez abrasif. J’ai soumis un texte à l’équipe de rédaction et j’ai été intégré dans le groupe. 

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Ayant à livrer le premier dans un délai très court, j’ai proposé un texte sur la législation des remorques, un sujet que je possédais très bien étant donné ma profession dans la vie. Par la suite, j’ai élargi sur des tests de quads, des essais de produits et des chroniques sur l’environnement du quad comme les milieux humides. L’éventail des sujets s’alimentait au fil de l’actualité.

À nos débuts, la disponibilité des machines d’essai par les fabricants était parcimonieuse et nous nous  dépannions en faisant des essais de machines usagées. Nous avions traité du Suzuki King Quad 750 Axi 2008, du Polaris Sportsman Touring 800 2008 et même de l’Arctic Cat TRV 700 Cruiser 2008 qui était en fait le mien. En plus de traiter de nos impressions du véhicule, on y abordait également la fiabilité générale du véhicule et des problèmes à surveiller. Maintenant que Raven Media est largement reconnu par les fabricants, nous avons accès aux derniers véhicules sur le marché et sommes aussi invités aux lancements de produits. Mais à bien y penser, l’essai de quads usagés serait peut-être une formule à ramener, car il y a peu de sources sur l’évaluation des vieux modèles qui reste intéressante.

Le Guide du VTT, institution dans le monde du quad au Québec, a passé sous la houlette de Raven-Media il y a quatre ans. Lorsque l’auteur du guide de l’époque a quitté son poste, j’ai proposé au rédac-chef de dépoussiérer les textes afin de mettre le guide au goût du jour. Après être passé au travers des 300 pages du guide en un marathon interminable, j’ai compris ce que Robert Jetté ou Bertrand Gahel ressentaient quand ils disaient que les périodes de rédaction étaient intenses, difficiles et même angoissantes, car on n’en voit plus la fin. Toutefois, voir le produit fini nous remplit d’une grande fierté, surtout que j’ai contribué à maintenir la pérennité de cet ouvrage.

En plus d’être performant dans le créneau du magazine en papier, Raven-Media a participé pendant une saison à l’émission Zone VL animée par Cynthia Gauthier. Nous étions responsables du volet sur les véhicules hors route. L’expérience a duré une saison, mais nous a conduits à créer nos propres productions vidéo webtélé. En effet, nous avions pris conscience que nous avions toute la compétence à l’interne pour soutenir ce type de production. Raven-Media s’est donc mise à la tâche et l’équipe met  le plus grand soin dans le choix et le traitement des sujets qui y sont abordés. Aussi, une attention presque maniaque est apportée à la qualité des images et au montage (merci à Super Mario qui en veut toujours plus). Un sondage maison paru sur la page Facebook de CFMoto posait la question « Quelle est votre émission préférée de quad? », l’émission de Planète Quad sortait première place dans 80% du temps. Un résultat qui a rempli de satisfaction le coeur de l’équipe de Raven-Media!

Moments marquants

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Dans le cadre des activités de chroniqueur, il y a eu des moments forts qui ont marqué ma mémoire. Tout d’abord, je pense aux randonnées d’exception que j’ai pu faire. La première, la randonnée boréale, s’est déroulée sur trois jours sur la Côte-Nord en partant du quai de Rimouski. L’itinéraire était Forestville / Les Escoumins / Monts Valins KM 31/ Forestville. Une fabuleuse randonnée où nous n’avons pas posé les roues à la même place dans les trois jours. Trois jours où les paysages ont offert des panoramas différents et, non, on ne voit pas que des épinettes noires sur la Côte-Nord. 

J’ai eu plaisir à y retrouver mon très bon ami Denis Lavoie, un « concurrent» de infoquad.com et nous avons décidé de faire nos photos de reportage ensemble. Le modus operandi consistait à s’installer avant le groupe, prendre les photos des quads en mouvement, remballer nos affaires, rattraper le groupe, les dépasser sécuritairement (quand on avait le signe de l’autre de le faire), prendre de l’avance et repérer un site intéressant, s’installer et reprendre des photos. Inutile de vous dire que le 850 s’est laissé aller à profusion cette journée-là. Une fois rendus au relais du KM 31 et que nous prenions nos petits verres, ma blonde dit qu’on avait bien dû rouler des bouts à 70-75 km/h. Je n’oublierai jamais son expression quand je lui ai répondu qu’on avait roulé de bons bouts dans les trois chiffres. Priceless!

Une autre randonnée inoubliable est celle que j’ai effectuée avec deux amis très proches dans le secteur de Mont-St-Pierre. Tous les superlatifs qu’on peut utiliser ne peuvent rendre justice au sentiment de plénitude que l’on ressent en roulant dans les sentiers qui culminent les montagnes et se lovent dans les vallées. Les panoramas d’une richesse inouïe vous offrent tantôt les montagnes Chic-Chocs dans leur splendeur et tantôt le bleu du fleuve. Vous roulez vers l’est et vous voyez des choses, vous revenez vers l’ouest et tout est différent. On ne pense qu’à se remplir les yeux et les souvenirs de ce paradis du quad. C’est franchement une randonnée que vous devez faire un jour!

Ayant l’occasion d’essayer beaucoup de véhicules, on me demande souvent quel modèle m’a laissé la meilleure impression. Sans équivoque, le Outlander 1000 XMR m’a laissé un souvenir impérissable. Ce quad est impressionnant à voir, mais malgré le côté extrême de sa mécanique, il parvient à tirer son épingle du jeu dans tous les aspects de l’utilisation qu’on envisage d’un quad. Il roule en sentier sans complexe en tenant une cadence très élevée. Il faut juste se rappeler que les palettes des pneus, combinées à la réserve de puissance abondante du moteur, projettent des cailloux de bonne taille assez haut dans les airs. Cela est périlleux pour ceux qui suivent de trop près. Les gros pneus font fi des obstacles importants comme les grosses roches, arbres couchés dans le sentier et on peut le pousser très loin dans la boue avant de trouver ses limites. À piloter ce mastodonte, on ressent un sentiment d’invincibilité que peu de quads peuvent offrir.

Nous avons eu également le loisir d’assister à des lancements de produits. Malheureusement, à cause de mes occupations professionnelles et de la grande distance qui me sépare de Montréal, je n’ai pas pu assister à des lancements de modèles à l’étranger. Cependant, j’ai pu participer à une présentation de gamme de modèles d’un fabricant chinois qui s’établissait au Québec. Et non, il ne s’agissait pas de CFMoto. La présentation avait lieu sur l’Île d’Orléans chez un concessionnaire de la marque. Nous avons eu le droit à une présentation technique succincte des produits puis nous sommes allés rouler dans les prés et sur le bord de la plage avec les cinq véhicules. Le représentant de la marque nous a fait savoir qu’il nous quittait en pleine randonnée parce qu’il voulait rentrer à Montréal avant d’être pris dans le trafic de Québec. À tout le moins, nous n’avons pas été impressionnés par le professionnalisme de cet homme. Nous avons procédé à la séance photo et chacune des cinq unités présentées a eu des problèmes mécaniques : une benne qui n’ouvrait pas, une autre qui refusait de rester fermée, un VCC qui a vu sa transmission bloquée sur un rapport de transmission, un quad qui avait des problèmes de coupure d’allumage dès qu’il sentait l’humidité, et un autre qui a perdu son liquide de refroidissement parce que le collet d’une durite a lâché. Comme notre hôte avait déjà foutu le camp, nous l’avons ramené nous-mêmes chez le concessionnaire au bout d’une corde. Le pauvre concessionnaire, pas fou et déçu d’avoir été largué par le représentant technique de l’importateur, a compris que l’opération de marketing avait été un flop monumental.

Un dernier événement marquant a été d’avoir pu observer le tournage d’un épisode de l’émission Destination Polaris avec l’équipe de Lindsay Hayes. Le tournage avait  lieu au complexe du Village Grande Nature à St-Octave de l’Avenir en Gaspésie. Lorsque les membres de l’équipe arrivent sur le terrain, la recherche est déjà complétée et ils savent les thèmes qu’ils veulent aborder. Dans le cas de notre épisode en question, les quatre thèmes recherchés étaient : un sentier technique (démonstration des pneus EFX), un phare, des chutes d’eau et l’observation d’un orignal. Lyndsay Hayes me confiait qu’elle visualisait cela comme quatre boites à remplir qui se garnissent au fil du tournage. Lorsqu’elle considère que les quatre boites sont complètes, le tournage est terminé. Évidemment, l’équipe est rodée et personne ne perd de temps pendant le tournage. Le jeune Cole qui est pilote émérite de drone ne perd pas de temps à faire élancer son oiseau mécanique pour ramener des prises de vue à couper le souffle et même Pier courrait avec un micro derrière un quad qui passait à vitesse réduite pour enregistrer le son ou prenait une prise de vue d’un panneau de signalisation lors d’un arrêt éclair. « Toujours utile au montage », disait-il. Ce qui m’a le plus frappé de ce groupe est l’état d’esprit très positif qui régnait et gardait un sens de l’émerveillement de ce qu’ils voyaient. Le mot clef était « awesome ». J’ai pris conscience de l’effet « awesome » quand je suis monté dans ma voiture pour retourner à la maison. J’étais dans état d’esprit zen qui a perduré quelques jours. C’était assez marquant pour que je m’en souvienne.

Évolution de l’environnement quad

À commenter le monde du quad sous toutes ses coutures pendant une décennie, on observe une évolution de notre univers. Bien des choses ont évolué depuis dix ans et on pourrait en parler longtemps, mais voici les trois plus marquantes selon moi.

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Tout d’abord le changement marqué du type de véhicules hors route et la forte demande de ces véhicules par les utilisateurs. On parle ici des véhicules côte-à-côte qui ont roulé longtemps comme véhicule utilitaires spartiates, mais dont Polaris a ouvert la boîte de Pandore avec sa ligne de modèle RZR. Ces véhicules de plus en plus gros et de plus en plus puissants nécessitent de l’espace pour pouvoir libérer leur potentiel. D’autre part, dans certaines versions, ils proposent un niveau de confort inédit proche de l’automobile qui est aussi prisé par une autre clientèle. Vous pouvez même avoir une cabine fermée chauffée ou climatisée selon la saison. Belle évolution!

Les quads réguliers de type motoquad ont fait l’objet de tous les types de spécialisations, que l’on parle pour la boue, le travail, la randonnée à deux, avec tout le luxe possible pour ces véhicules comme la servodirection et les suspensions au gaz anti-rebond. Les fabricants américains et CFMoto récemment ont tous glissé un moteur de 1000cc dans le cadre, offrant un rapport poids/puissance très haut en considérant les capacités dynamiques réelles d’un quad. Quand j’ai commencé à rouler en 2002, un Suzuki Vinson 500 était tout un véhicule. Maintenant, à en croire plusieurs sur les réseaux sociaux, on considère un 700 cc comme une cylindrée très juste en puissance.

Ces capacités décuplées des véhicules apportent un besoin d’espace pour pouvoir s’ébattre à souhait et les clubs répondent à ces besoins en offrant des sentiers qui peuvent supporter le déplacement plus rapide des quads. Les tracés adoptent donc les chemins forestiers bien dégagés, les bulldozers et excavatrices aplanissent les accidents de terrain, redressent les courbes jugées trop raides, installent des ponts et ponceaux dans les règles de l’art, creusent des fossés afin de drainer la surface de roulement. Des concasseurs sont mis à l’œuvre afin d’adoucir les sentiers rocailleux.  Raffinement suprême, les niveleuses apparaissent dans les sentiers afin d’éliminer tout nid de poule ou de roulière et passent même de deux à trois fois par semaine durant l’été dans certains secteurs. 

Je conviens que c’est un prix à payer pour assurer une vitesse de transit nécessaire pour rallier les villes dans le cadre du quad-tourisme, mais cela apporte des inconvénients. Premièrement, le passage répété des niveleuses empêche la formation d’un couvert végétal qui gardera la poussière au sol. À moins d’une journée pluvieuse, un groupe de quads en déplacement soulèvera autant de poussière qu’un troupeau de bisons sauvages dans un film de cow-boys. C’est un irritant majeur. Personnellement, je ne trouve pas beaucoup de plaisir à distancer les quads d’un demi-kilomètre entre chaque pour voir quelque chose et être capable de respirer.  Je me souviens avec regret du temps où rouler dans la poussière était exception. Nous avions le bonheur de rouler sur un chemin couvert d’herbe parsemé de flaques d’eau ici et là. L’odeur fraîche de l’herbe humide nous montait aux narines exacerbant de manière plus qu’agréable un sens de plus. Plus loin, on escaladait à vitesse réduite un cran de roc, on se frayait un passage à travers les crevasses d’une côte ravinées par les pluies diluviennes et, bonheur intense, on mettait à l’épreuve notre système 4×4 dans le trou de boue qui s’était dévoilé au détour d’une courbe. On avait la satisfaction d’utiliser le potentiel baroudeur de notre véhicule. Malheureusement, ce type de sentier est maintenant devenu très rare dans le réseau fédéré.

Le monde du quad a aussi été victime de l’implantation de règlementations de plus en plus sévères dans la dernière décennie, mais aucune n’a été aussi percutante que celles sur les milieux humides. Cette règlementation frappe de plein fouet non seulement le monde du quad et étouffe littéralement les bénévoles qui ne peuvent plus composer avec des dossiers aussi complexes et des montants de compensation aussi extravagants pour faire des travaux en milieux humides. Cela en est rendu que les clubs quad préfèrent demander un règlement municipal pour passer sur le chemin public plutôt que s’attaquer à un sentier qui touche un milieu humide. Assez ironique quand on parle de sentier de véhicules hors route, mais on est en droit de se demander jusqu’où cela nous mènera.

Mémoires d’un chroniqueur

À quoi s’attendre dans la prochaine décennie?

Bien malin de prédire quelle tangente prendra le monde du quad au Québec, mais il y a deux dossiers majeurs qui devraient émerger si nous survivons collectivement au Covid-19. 

Tout d’abord, le financement des clubs est insuffisant parce que les clubs ne peuvent faire respecter que les quadistes aient les droits d’accès en bonne et due forme en sentier et d’autre part, les coûts pour maintenir les sentiers conformes aux nouvelles Lois et règlementations ne cessent d’exploser. Le modèle d’affaires est intenable à moyen terme et la FQCQ travaille activement avec ses clubs pour définir d’un nouveau mode qui permettra de pérenniser les actifs collectifs des quadistes membres pour un autre 25 ans.

D’autre part, le gouvernement déposera incessamment une toute nouvelle règlementation pour les véhicules hors route. On ne sait trop ce qu’il y aura là-dedans. Par exemple, quelle sera la nouvelle définition des véhicules hors route qui seront permis en sentier? Si elle s’élargit encore, il faudra que les clubs s’adaptent et on pourrait revoir surgir de nouvelles crises comme le VCC de 64 pouces.

Et Raven Media dans le futur? Chose certaine, c’est un grand plaisir de contribuer au succès et la croissance de Raven Media avec l’équipe de rédaction en place. Car Raven-Media, ce n’est pas le succès d’un individu, mais le résultat de la cohésion d’un groupe qui a trouvé la bonne recette. Raven Media aura à s’adapter comme tout le monde de l’édition au pays. Mais si l’équipe de Raven-Media ne peut y arriver, personne ne le peut.

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